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11/10

« Les adolescents épousent les peurs de la société »

Le Pr Marie- Rose Moro dirige la Maison de Solenn, maison des adolescents de l’hôpital Cochin. Elle observe, et s’adapte, aux évolutions de l’expression de leurs malaises. Psychanalyste engagée dans l’accompagnement des jeunes en difficulté, elle réagit sur le thème de notre opération Atout Soleil 2018, « Traverser l’adolescence haut la main ».

 

Est-ce qu’on peut passer l’adolescence haut la main ?

Les études montrent que 30 % des jeunes font une crise d’adolescence, ce n’est pas majoritaire, mais on en parle comme si c’était une généralité. La majorité des adolescences se passe plutôt tranquillement avec une certaine exaltation, dans le plaisir du changement, de devenir autonome.                                                                                            Par contre, 10 % des adolescents souffrent vraiment, avec des pathologies comme l’anorexie, des troubles de la personnalité, des phobies scolaires, des dépressions…

On mesure la santé de notre société aux malaises des adolescents, constatait le pédopsychiatre Donald Winnicott, comment la « crise d’adolescence » évolue-t-elle ?

Cette crise d’adolescence se banalise. L’adolescence oppositionnelle qui se confronte fermement à la société est issue de mai 1968. Elle est en train de diminuer. L’autorité des parents évolue vers une position moins normative.                  Les adolescents sont donc moins dans l’opposition aux parents et dans l’anti-modèle.

Quelles sont les problématiques adolescentes aujourd’hui ?

Nos ados ne sont pas toujours sécurisés. Ils doutent, se posent des questions, ont de nombreuses craintes. Alors qu’auparavant, les adolescents voulaient devenir adultes, aujourd’hui, ils sont bien dans leur cocon d’enfant, questionnent leur identité. Ils n’ont pas vraiment envie de devenir adultes.                                                                        On se retrouve davantage avec des pathologies de la personnalité, plutôt que du comportement. Ils doutent plus d’eux-mêmes que de leurs parents ou de la société  auxquels ils s’opposent moins.  Il en résulte chez eux un sentiment de vide incroyable.                                                                                                                                                        Ils recherchent des stratégies pour se sentir en vie, comme l’automutilation. Il n’y a jamais eu autant de cas.

Comme toutes les attaques du corps, anorexie, boulimie ?

Si le nombre de cas d’anorexie est assez constant depuis 10 ans, on observe cependant deux changements. Tout d’abord, l’anorexie touche les garçons alors qu’avant c’était extrêmement rare. Surtout, elle apparaît beaucoup plus prématurément. Jusqu’à présent l’anorexie touchait des jeunes filles de 15-16 ans qui s’opposaient aux transformations féminines de leur corps. Aujourd’hui, elle prend une forme prépubère. Elle est plus longue à guérir (trois ans au lieu d’un an en moyenne) et plus grave. Elle a des conséquences importantes sur le développement avec des carences qui laissent des séquelles à vie. Que ce soit des problèmes de petite taille ou de santé comme l’ostéoporose.

L’histoire de la Maison de Solenn est liée à l’anorexie, vous avez ouvert des consultations qui s’adaptent aux difficultés rencontrées par les adolescents.

L’anorexie est toujours une préoccupation importante. Nous nous adaptons et intervenons sur l’obésité, les pathologies de la personnalité, la question des migrants, l’adoption internationale, toutes les formes de radicalisation, la phobie scolaire qui est une véritable épidémie actuellement.

Pourquoi c’est une véritable épidémie ?

L’école est une porte d’entrée sur le monde extérieur. Les adolescents épousent les peurs de la société, celles de leurs parents qui ont peur que les enfants ne réussissent pas… Quand on se sent trop vulnérable, on ne va pas à l’école.

Moro Marie-Rose. « Et si nous aimions nos ados ? »,2017, éd. Bayard

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