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25/06

Les ados soumis à la pornographie

Les chiffres sur la consommation de pornographie par les adolescents font la Une. En première ligne  sur ce sujet, le Pr Israël Nisand, président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, nous dresse un état des lieux de ce phénomène.

Les chiffres de l’enquête IPSOS, commandée pour le Fonds Actions Addictions, sont tombés. Effarants. 21% des jeunes (dont 15% des 14-17 ans) regardent des images pornographiques au moins une fois par semaine. 9% des jeunes disent en consommer tous les jours. Une nouvelle occasion pour le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) de lancer un cri d’alarme contre la pornographie sur Internet, trop libre d’accès pour les enfants et les adolescents.
Cela fait une dizaine d’années que le Pr Nisand, président du CNGOF, alerte sur ce sujet. « Les enfants sont soumis à des images d’une violence que des adultes ne pourraient pas supporter », s’insurge-t-il.

Eduquer à la sexualité

A l’heure du #Meetoo, ces chiffres, reflets d’un modèle du non-respect de la femme semblent paradoxaux. « Je suis très heureux que la parole se libère. Mais la situation catastrophique dans laquelle se trouvent certaines femmes est la conséquence de l’éducation. Je suis surpris qu’on joue les effarouchés, sans s’attaquer aux causes », assène le Pr Nisand.                                                                                                                                                                              L’éducation à la sexualité est un cheval de bataille du gynécologue strasbourgeois qui regrette que cette obligation légale ne soit pas respectée.                                                                                                                                                        En effet, la loi Aubry du 4 juillet 2001, selon laquelle « une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène », n’est pas véritablement mise en œuvre. Faute de circulaire d’application des moyens. Selon le Planning Familial, elle « est dispensée de manière inégale et non satisfaisante sur l’ensemble du territoire ».                                    Ne pas appliquer cette loi, est une façon de laisser les jeunes sans repères face « à la ‘déséducation’ sexuelle » qu’est la pornographie.                                                                                                                                                                          Cette mission est donc déléguée aux actions de bénévolat. A Strasbourg, où il exerce, le Pr Nisand explique intervenir avec l’association Info Ado dans les collèges en classe de 3e. Un collège leur a demandé d’intervenir, dès la 4e, après avoir constaté des séances de fellations collectives dans les toilettes du collège.

Des images trop accessibles

Les chiffres de l’IPSOS ne surprennent pas le Pr Nisand. Selon lui, les enfants sont soumis à un « matraquage ». « Ce n’est pas la même chose de chercher des images que de tomber dessus par inadvertance. Les enfants peuvent être perturbés psychologiquement. Certains ont des familles avec lesquelles ils peuvent parler, on peut alors leur expliquer que ce n’est pas la réalité. Les autres vont croire que c’est la norme ».
Selon l’enquête de Michela Marzano, datant déjà de plus de dix ans : 58% des garçons et 45% des filles ont vu leurs premières images pornographiques entre 8 et 13 ans.

En plus d’être accessible aux plus jeunes, la pornographie est devenue aussi plus extrême. Au-delà des angoisses et des traumatismes psychologiques, prouvés par des études scientifiques, ces images font de nombreux dégâts. « Nous voyons arriver dans nos cabinets des jeunes filles qui demandent si elles doivent accepter de faire ce qu’elles voient dans les films », raconte le Pr Nisand. « Des pratiques sexuelles qui n’existaient pas, humiliantes pour les femmes ». La pornographie crée des normes et change la sexualité. « Nous avons pu construire notre personnalité psychologique et sexuelle en toute liberté, avec notre capacité à imaginer, à rêver. Ce n’est pas le cas de nos enfants qui découvrent un prêt-à-porter du rapport sexuel. Personne n’a envie que son enfant apprenne la sexualité ainsi ».

Co-auteur de l’ouvrage « Et si on parlait de sexe à nos ados ? » paru en 2012, le Pr Nisand rencontre des parents démunis face à une situation qui s’aggrave. « Ils ne peuvent plus protéger leurs enfants », explique-t-il, s’appuyant sur le fait que les contrôles parentaux ne peuvent pas suffire, quand les jeunes peuvent accéder à ces images sur le smartphone d’un copain. Quand, sous la pression du groupe, la peur d’être exclu, ils se sentent obligés de regarder les images qu’on leur montre.                                                                                                                                      « Pourquoi une personne qui distribue des tracts porno dans la rue se fait arrêter alors que sur Internet il est simple de diffuser des images ? », s’interroge-t-il. L’Etat, selon lui, ne fait pas respecter la loi de protection des mineurs. « Les images sont diffusées en France par les Fournisseurs d’Accès à Internet. Il faut confier leur surveillance au CSA et imposer des amendes de 10 millions à la première infraction, 50 millions en cas de récidive. Il faut frapper au porte-monnaie. »

De nombreuses associations agissent sur le territoire et s’engagent au quotidien pour accompagner les adolescents dans de nombreux domaines. L’appel à projets Atout Soleil 2018 « Traverser l’adolescence haut la main » a pour objectif de soutenir leurs actions et leurs projets.

En savoir plus :
http://www.cngof.fr

Références
« Malaise dans la sexualité. Le piège de la pornographie », Michela Marzano, éd. Jean-Claude Lattès, 2006                      « Et si on parlait de sexe à nos ados ? », collectif, éd. Odile Jacob

© Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

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