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07/10

Soutien à la parentalité « Il faut être des passeurs, des traits d’union »

Après une vingtaine d’années dans la protection de l’enfance, Christophe Beau aborde le champ de la prévention comme responsable du programme Maisons des Familles aux Apprentis d’Auteuil. Il a également mené des travaux de recherche, dans le cadre d’un doctorat en sciences de l’éducation, sur l’accompagnement à la parentalité. Sujet sur lequel, il porte des convictions fortes.

Vous parlez dans vos travaux de l’accompagnement des familles comme d’un empowerment humaniste…

J’ai été formé avec l’idée que le travailleur social, grâce à ses compétences, son savoir, son expérience va pouvoir apporter des solutions. C’est, parfois, tout à fait légitime. Cependant, aujourd’hui, ce n’est plus suffisant. 

Cette réflexion sur l’accompagnement est le fruit de mon expérience et l’enseignement tiré des retours des parents qui se rendent dans les Maisons des Familles. Les experts sont perçus comme menaçants. Dans les différentes structures où ils peuvent être reçus (PMI, aide sociale…), ils ont le sentiment d’être jugés, pas toujours considérés dans leur parentalité. C’est ce qu’évoquent les parents exposés à la vulnérabilité. On les regarde à travers leurs manques, leurs carences. Dans les Maisons des Familles nous regardons leurs capacités, leurs talents. Le travail social classique n’est pas dans la réciprocité. Or les familles ne sont pas seulement des réceptacles, elles vont pouvoir se reconstruire grâce à la relation qu’elles vont avoir avec les autres. D’où l’importance du travail des associations.

 

Cette réciprocité est-elle possible dans le travail social classique ?

Les Maisons des Familles sont des espaces ouverts de manière inconditionnelle, sans obligation. Nous pouvons aller au bout de cette démarche de réciprocité. C’est une certaine forme d’innovation. Nous sommes un espace laboratoire. Nous avons plus de liberté que dans le travail social classique car nous n’avons pas les contraintes, comme celle d’inscrire une action dans le cadre d’une décision judiciaire.

Ce sujet de la participation commence cependant à effleurer bien des champs. On commence à mesurer l’importance du collectif, à considérer que la réponse n’est pas seulement chez le travailleur social, mais chez les autres, parfois chez un autre parent. Le Professeur Yann Le Bossé, de l’Université de Laval au Québec, explique que le travail social a deux faces. Celle du sauveur, mais apporter seul une solution à la misère est impossible et celle du policier, dans une position de contrôle. Il faut être des passeurs, des traits d’union.

 

Comment cela se traduit-il au quotidien dans les Maisons des Familles ?

Nous travaillons à étoffer leur réseau. Les familles que nous accueillons sont très isolées. Une des problématiques de la solitude et de la précarité est que les relations se cantonnent aux professionnels : le travail social, le médecin, le boulanger… On n’imagine pas ce que cela produit pour les enfants. Le plus beau cadeau à faire à ses enfants est d’avoir des liens avec d’autres parents. C’est une bouffée d’oxygène énorme, car c’est très difficile pour les enfants de n’être confrontés qu’à ses parents et souvent seulement à sa mère, dans les familles monoparentales.

Notre modèle est souple et totalement adaptatif aux attentes des familles. Nous ciblons les familles en grande vulnérabilité économique, relationnelle, culturelle qui ont souvent subi des ruptures familiales ou géographiques. Ces parents, par exemple, ne fonctionne pas en termes d’agenda et de rendez-vous, car leur priorité est parfois de savoir où dormir le soir.

Le premier travail, le plus souvent, est de regagner l’estime de soi. Les personnes se sentent sans capacités. Ce n’est pas parce qu’elles sont vulnérables qu’elles sont sans compétences.

 

Vous participerez à la remise des prix Atout Soleil, 15 projets de soutien à la parentalité seront récompensés, quel message avez-vous envie de passer aux associations ?

Se retrouver face à des personnes vulnérables peut être inconfortable. Mais c’est parce qu’on va ainsi se reconnaître comme vulnérable avec l’autre qu’on peut entendre, progresser. C’est source de créativité et d’innovation. Nous ne sommes pas toujours capables de répondre, mais c’est la relation créée qui est source d’espérance pour ces parents comme pour les associations. Ces associations sont des catalyseurs phénoménaux pour pouvoir permettre du lien, de la cohésion sociale, du mieux vivre.

Enfin, si on fait de l’accompagnement à la parentalité, c’est parce qu’il y a des enfants. Nous avons une responsabilité, nous avons envie que les enfants d’aujourd’hui vivent de manière confortable, soient accueillis avec plus de douceur.

 

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