Le vieillissement de la population française est désormais une réalité bien identifiée. Ses implications démographiques, sanitaires et économiques sont largement documentées.

Mais un facteur, plus discret, continue de peser sur la manière dont la société s’y prépare : le regard porté sur l’âge. Encore aujourd’hui, le vieillissement est souvent associé à la dépendance, à la fragilité ou au retrait de la vie sociale. Ces représentations ne correspondent plus à la réalité des parcours de vie. Elles contribuent pourtant à orienter les pratiques, à retarder certaines prises en charge ou à limiter la participation des seniors à la vie sociale et économique.

C’est dans ce contexte que le fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes, en partenariat avec GPMA, l’assureur Generali et La Médicale, lance la 19ème édition de son appel à projets Atout Soleil, intitulée :
« La force de l’âge : valoriser, accompagner et mobiliser les seniors »

Cet appel à projets vise à soutenir des associations qui portent des projets permettant à la fois de mieux accompagner le vieillissement et de faire évoluer les représentations, en reconnaissant pleinement la place des seniors dans la société.

Vieillissement : le poids des représentations sur les trajectoires de vie

Le vieillissement est souvent appréhendé comme une réalité biologique. Il est en réalité aussi profondément social. Les travaux de l’Organisation mondiale de la santé montrent que près de 80 % de ses déterminants relèvent de facteurs sociaux, environnementaux et comportementaux : conditions de vie, revenus, accès aux soins ou qualité du lien social.

Dans ce contexte, les représentations associées à l’âge jouent un rôle déterminant. Elles influencent les comportements individuels, les pratiques professionnelles et les décisions publiques. Dans le champ médical, plusieurs études[1] montrent que certains symptômes peuvent être banalisés ou attribués à l’âge, contribuant à des retards de diagnostic et à des prises en charge inadaptées, notamment en santé mentale.

Ces biais agissent aussi sur les individus eux-mêmes. Se sentir « trop vieux » pour apprendre, travailler ou s’engager peut conduire à des formes d’auto-censure. Des recherches en psychologie du vieillissement, notamment celles de Becca Levy à Yale[2], montrent que l’intériorisation de stéréotypes négatifs est associée à un risque accru de déclin cognitif et de problèmes de santé, ainsi qu’à une espérance de vie plus faible. À l’inverse, une perception positive du vieillissement est associée à un gain d’espérance de vie d’environ 7,5 ans.

Ce décalage est d’autant plus problématique que la réalité du vieillissement a profondément changé. Il est désormais possible de vivre plusieurs décennies après la retraite, souvent en bonne santé. Selon le Fonds monétaire international, un individu de 70 ans en 2022 présente un niveau de capacités cognitives comparable à celui d’une personne de 53 ans au début des années 2000[3].

Pourtant, cette évolution reste insuffisamment intégrée dans les politiques publiques et les représentations collectives. Le vieillissement continue d’être pensé principalement à travers le prisme du grand âge et de la dépendance. Résultat : une difficulté persistante à anticiper les parcours de vieillissement, à investir dans la prévention, et à reconnaître la diversité des situations entre seniors actifs, fragilités précoces et grand âge.

 

Une ressource sociale et économique sous-estimée

Réduire les seniors à leurs fragilités revient à ignorer une part essentielle de leur contribution à la société. Les aînés jouent un rôle central dans la cohésion sociale : engagement associatif, soutien aux proches, transmission des savoirs, participation à la vie locale. En France, ils constituent le socle du tissu bénévole : près d’un bénévole sur deux a plus de 55 ans, et les retraités sont ceux qui consacrent le plus de temps à l’engagement.

Leur contribution est également économique. Les personnes de plus de 60 ans réalisent près de 40 % des dépenses de consommation. L’aide informelle qu’elles apportent à leurs proches (garde des enfants, soutien familial, entraide) est estimée entre 0,5 % et 1,9 % du PIB, soit l’équivalent de secteurs économiques entiers.

Ne pas reconnaître cette place, c’est non seulement invisibiliser une réalité sociale, mais aussi se priver d’un levier majeur de cohésion et de développement pour les territoires.

 

Des défis croissants pour accompagner le vieillissement

Le vieillissement s’accompagne de transformations profondes. Dès 45 ans, un quart des individus cumule au moins deux maladies chroniques, et cette proportion atteint près d’une personne sur deux après 60 ans. Dans le même temps, de fortes inégalités sociales et territoriales persistent : en France, près de 2 millions de personnes âgées vivent sous le seuil de pauvreté, et beaucoup cumulent isolement, difficultés d’accès aux soins et renoncement aux droits.

À cela s’ajoute un modèle d’accompagnement sous tension. Le nombre de personnes âgées dépendantes pourrait atteindre près de 2,8 millions d’ici 2050, contre environ 2 millions aujourd’hui. Dans le même temps, les besoins en professionnels du grand âge devraient fortement augmenter : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires pourraient être nécessaires d’ici 2050 pour assurer les soins de base aux personnes âgées en perte d’autonomie, selon les projections de la Drees[4].

 

Prix Atout Soleil 2026 : “La force de l’âge”, valoriser, accompagner et mobiliser les seniors

Face à ces enjeux, les associations jouent un rôle clé. Par leur capacité à intervenir au plus près des territoires et des publics, elles contribuent à faire évoluer les représentations, à recréer du lien social et à proposer des réponses concrètes aux fragilités.

L’appel à projets « La force de l’âge » s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il vise à soutenir des associations françaises qui, partout sur le territoire, portent des initiatives pour :
• valoriser la place des seniors dans la société,
• renforcer leur participation sociale et citoyenne,
• prévenir les fragilités, faciliter l’accès aux soins et soutenir les aidants.

Cette 19ème édition du prix Atout Soleil porte une ambition claire : montrer que le vieillissement n’est pas un problème à gérer, mais une transformation à accompagner. C’est aussi donner à la société les moyens de tirer parti de toutes ses ressources, dans un contexte de vieillissement démographique inéluctable.

À l’inverse, ne pas agir sur ces représentations, c’est prendre le risque d’accentuer les inégalités, de fragiliser les parcours de vie et de passer à côté d’un enjeu majeur pour l’avenir collectif.

À vos agendas

03/07/2026 : Clôture de l’appel à projets
22/09/2026 : Délibération du jury
01/12/2026 : Cérémonie de remise des prix à Paris

En savoir plus – retrouvez le détail de cet appel à projets et les critères de sélectionhttps://www.gpma-asso.fr/nos-epaules-et-vos-ailes/le-prix-atout-soleil/

[1] OMS, Rapport mondial sur l’âgisme, 2021 ou encore Chang et al., Global reach of ageism on older persons’ health: A systematic review, The Lancet Public Health, 2020

[2] Levy, B.R.; Slade, M.D. Aging Redefined: Cognitive and Physical Improvement with Positive Age Beliefs. Geriatrics 202611, 28. https://doi.org/10.3390/geriatrics11020028

[3] FMI (2025), « Entretenir la croissance dans un monde vieillissant », Finance & Développement, juin.

[4] Drees, Soutien à l’autonomie des personnes âgées : entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires en 2050, Études et Résultats, N° 1365, février 2026.

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