Au cœur du Jura, l’association Travail et Vie accompagne depuis plus de trente ans des personnes en grande précarité. Cette structure d’accueil de jour propose un soutien concret aux personnes sans domicile, aux femmes victimes de violences – parfois avec enfants – ainsi qu’à toutes celles et ceux qui se trouvent en marge du système. Écoute, accompagnement, aide matérielle et hébergement ponctuel y sont proposés dans un esprit de bienveillance et de respect.
Depuis quelques mois, le Fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes soutient financièrement l’association. Un coup de pouce qui permet à Travail et Vie de développer ses projets, de former ses équipes et de financer l’achat d’un véhicule, outil indispensable pour maintenir le lien avec les plus isolés. Rencontre avec Mélanie Dulize, directrice de l’association, qui rappelle combien ces moyens supplémentaires sont essentiels face à l’accroissement des besoins sur le terrain.

crédit : Travail et Vie
Travail et Vie : un refuge pour repartir du bon pied
À Pontarlier, dans le département du Doubs, l’association Travail et Vie offre depuis 1992 bien plus qu’un simple accueil de jour aux personnes en situation de grande précarité. « Dans ce lieu, on peut souffler un instant, se réchauffer autour d’un repas, prendre une douche, laver ses vêtements ou simplement… poser son sac. Certains arrivent avec 20 kilos sur le dos. Pouvoir déposer ce poids, ne serait-ce que quelques heures, c’est déjà une forme de soulagement », confie Mélanie Dulize, directrice de l’association.
Ce répit matériel n’est pourtant qu’un premier pas. Car ici, l’accueil se veut avant tout un tremplin. L’objectif : retisser du lien, enclencher une dynamique de reconstruction, redonner un cap. « Beaucoup des personnes que nous recevons sont isolées, parfois coupées de toute vie sociale. Il faut du temps, de l’attention et une grande dose d’humanité pour restaurer cette connexion », explique Mélanie Dulize. « Nous appelons nos bénéficiaires les passagers car ils sont en mouvement. Nous les accompagnons sur un bout de leur chemin, jusqu’à ce qu’ils puissent retrouver un équilibre. »
Pour soutenir cette transition, Travail et Vie propose un panel d’activités : balades en pleine nature, groupes de parole, ateliers de bien-être ou de socio-esthétique. « On soigne autant les corps que les cœurs », résume Mélanie Dulize. Des actions citoyennes et solidaires complètent ce parcours de réinsertion : tri de cartons, collectes alimentaires, récupération pour des partenaires locaux… Les passagers y trouvent non seulement une utilité sociale, mais aussi une première marche vers la réintégration professionnelle.

crédit : Travail et Vie
Des publics différents, des réponses sur mesure
L’association Travail et Vie accompagne deux profils de bénéficiaires aux besoins distincts : « Pour les hommes, souvent touchés par des troubles psychiques et des addictions, il s’agit d’abord de répondre aux besoins vitaux : se nourrir, se laver, dormir au chaud. Ces gestes simples permettent de restaurer la dignité », explique Mélanie Dulize. Les repas sont préparés sur place, partagés ensemble, dans un esprit de convivialité et de responsabilité collective.
Pour les femmes victimes de violences, l’enjeu est de les accueillir dans un espace sécurisé. « Avant, elles étaient logées à l’hôtel, parfois dans moins de 10 m² avec leurs enfants. Si aucune solution rapide n’était mise en place, certaines finissaient par retourner chez leur agresseur. Aujourd’hui, elles trouvent chez nous un espace pensé pour elles et leurs enfants, où elles peuvent reprendre leur souffle et se réorganiser. C’est un moment-clé à soutenir, car en moyenne, une femme fait sept allers-retours avant de quitter définitivement le domicile conjugal », précise-t-elle.
Un territoire particulier, des besoins croissants
Dans le Jura, l’hiver long et rigoureux rend l’accueil ininterrompu indispensable. Travail et Vie reste donc ouverte tous les jours en saison froide, et cinq jours sur sept l’été. La proximité avec la Suisse complique de nombreux parcours. « Beaucoup arrivent ici en pensant trouver un eldorado juste de l’autre côté de la frontière », explique Mélanie Dulize. Certains ont des diplômes et des projets solides, d’autres sont moins préparés. Tous peuvent se retrouver exclus, renvoyés, sans ressources ni réseau. Le logement, rare et cher dans la région, devient un obstacle de plus. Dans ce contexte, l’association offre « un point d’ancrage essentiel pour éviter que ces personnes ne sombrent totalement dans l’exclusion ».
Des financements en tension, des solutions à inventer
En 2024, Travail et Vie a accueilli 200 personnes, dont 37 femmes, servi près de 3 850 repas – l’équivalent de 7 tonnes de nourriture – distribué plus de 1 500 petits-déjeuners, et assuré 400 douches ainsi que 335 lessives. Des chiffres en nette augmentation, symptôme d’une précarité qui ne cesse de s’aggraver. « En deux ans, la fréquentation a bondi de 23 %, et le nombre de repas servis a grimpé de 35 % », observe Mélanie Dulize.
Mais derrière cette mobilisation quotidienne, les ressources peinent à suivre. L’équipe – composée de 9 salariés et d’une trentaine de bénévoles – reste très engagée, mais les financements ne progressent pas au rythme des besoins. L’État demeure le principal soutien financier, épaulé par les collectivités locales. Pourtant, les aides publiques stagnent. « Il devient urgent de diversifier nos sources de financement », insiste Mélanie Dulize.
Appels à projets, mécénat, fondations privées : cette recherche de fonds prend une part croissante de son quotidien. « C’est un travail de fond, exigeant, et rendu encore plus difficile par la baisse des subventions : toutes les associations se tournent vers le privé. Il faut savoir monter un dossier solide, bien formuler son projet, convaincre… et ce n’est pas à la portée de toutes les structures. »
Un coup de pouce décisif du Fonds de dotation Nos Épaules et Vos Ailes
Dans la recherche souvent ardue de financements, certaines rencontres font toute la différence : « c’est en discutant avec une connaissance des enjeux liés aux violences faites aux femmes et aux problématiques de fragilités sociales que l’idée m’a été soufflée : contacter la Déléguée générale du Fonds », raconte la directrice de l’association. « Ce rendez-vous a été déterminant. J’ai pu présenter de vive voix notre travail devant le comité de sélection. À l’écrit, il est difficile de transmettre toute l’intensité de notre engagement. Là, il y a eu un vrai échange humain, sincère, qui m’a permis d’expliquer concrètement nos besoins et les réalités du terrain. »
Grâce à ce partenariat, Travail et Vie va pouvoir développer ses activités culturelles et sociales, acquérir un véhicule, et surtout renforcer la formation de ses équipes, notamment aux premiers secours en santé mentale. Un enjeu devenu central : « les parcours des personnes que nous accueillons sont de plus en plus complexes, et les troubles psychiques plus fréquents », souligne Mélanie Dulize. « Nos équipes sont confrontées à une forte charge émotionnelle. Pour qu’elles puissent continuer à accompagner dignement, il est indispensable de prendre soin d’elles aussi. C’est à ce prix que nous pouvons offrir un accueil respectueux, et que les passagers ont envie de revenir. »

crédit : Travail et Vie
En savoir plus sur Nos Epaules et Vos Ailes
Nos Épaules et vos Ailes est le fonds de dotation de l’association GPMA qui accompagne des projets d’associations agissant dans les domaines de la santé, du handicap et contre toutes formes de fragilités sociales.
À travers trois programmes de mécénat, Nos Épaules et Vos Ailes soutient des associations pour leur permettre de développer leurs actions :
– Le partenariat pluriannuel : un soutien pluriannuel pour 7 associations partenaires ;
– Le mécénat ponctuel : un financement unique pouvant atteindre jusqu’à 20 000€ pour développer des projets associatifs ;
– L’opération Atout Soleil : chaque année depuis 2007, le prix Atout Soleil récompense une quinzaine d’associations qui œuvrent auprès des personnes vulnérables.
Articles associés
Les Tables des Voisins : quand la cuisine crée du lien social
Prix Atout Soleil 2025 : les maladies féminines mises en lumière !