Rarissimes sont les personnes qui ne se plaignent pas de leur mémoire ou ne manifestent pas d’inquiétude à son sujet. Mais nous le faisons à des degrés divers : ne pas retrouver ses clés ou ses lunettes nous semble moins inquiétant qu’oublier la date de naissance de ses enfants. Face à ces troubles, nous avons tendance à désigner un coupable :  l’avancée en âge. Or, les spécialistes affirment que, sauf maladie neurodégénérative, la mémoire ne s’altère pas avec l’âge. Elle devient « simplement » plus lente, plus paresseuse. Non, la jeunesse n’est pas le temps d’une mémoire parfaite : n’avons-nous pas peiné, écoliers, en apprenant les fables de la Fontaine ou les tables de multiplication ? Plus fort encore, la mémoire augmente avec l’âge, logiquement, car la quantité d’informations engrangées s’accroît jour après jour. En revanche, c’est la gestion de ces informations, leur enregistrement et leur restitution, qui peuvent causer des soucis.

Par ailleurs, n’étant pas des machines, nous sommes affectés par certains événements de l’existence qui, par ricochet, affectent notre mémoire. Combien de personnes, par exemple, ont commencé à s’inquiéter d’elle juste après avoir vécu ce grand changement que constitue le départ en retraite ? Elles perdaient tout autant leurs lunettes avant, mais n’y prêtaient guère attention. Il se produit souvent le même phénomène après une séparation ou un deuil.

Face à sa mémoire, il convient de respecter cette règle d’or : surtout, ne jamais la comparer à celle des autres ! De même sur nous sommes tous différents, nous avons tous une mémoire différente.

Pour entretenir et développer sa mémoire, les spécialistes dénombrent huit clés principales, qui s’appliquent à tous les cas de figure. Quelles sont-elles ?

  1. L’intérêt. C’est une règle de base, nous retenons bien mieux ce qui nous intéresse, nous concerne où nous touche : plus la charge émotionnelle associée à un événement est importante, mieux celui-ci sera mémorisé. Inutile de s’encombrer l’esprit avec des informations qui nous paraissent lointaines ou dénuées d’intérêt.
  2. La perception. Pour être retenue, une information doit avoir été bien perçue, c’est-à-dire bien entendue ou bien vue. Des soucis de mémoire apparaissent chez les seniors parce qu’ils commencent à avoir des problèmes de vue ou d’audition. Y remédier grâce à des lunettes adaptées ou un appareil auditif favorise grandement la mémorisation.
  3. L’attention. Voilà un élément essentiel, une condition fondamentale, et cela, quel que soit notre âge : s’il ne prête pas attention à la leçon, un écolier ne la retiendra pas. Et c’est ainsi tout au long de la vie. La mémorisation n’est possible qu’en mobilisant ses capacités d’attention et de concentration. C’est lorsque nous ne sommes pas attentifs à notre environnement et que nous avons la tête « ailleurs », que notre mémoire dysfonctionne.
  4. La compréhension. Mieux on comprend une information, mieux on la retient. Plus la nouvelle information sera claire pour nous et associée à des connaissances déjà acquises, plus elle aura de sens et, donc, de capacité à se graver dans notre mémoire. Or, trop souvent, on hésite à manifester notre incompréhension, réelle ou supposée, par gêne ou par peur de paraître idiot. C’est un tort, car la bonne compréhension est indispensable à la mémorisation.
  5. La sélection. Il est impossible et inutile de tout retenir ! Donc, dans un flot d’informations (une conférence, une émission, une réunion…), il convient de se focaliser sur quelques informations seulement : celles que nous souhaitons retenir, en fonction de critères qui nous sont propres. C’est cette sélection d’informations que nous retiendrons et tant pis pour le reste ! La mémoire sélective sert aussi à faire le ménage dans nos souvenirs, choisissant d’en éclipser certains, parce qu’ils sont insignifiants, inintéressants (à nos yeux) où douloureux. Au quotidien, des pense-bêtes se révèlent bien utiles pour décharger notre mémoire d’informations dont nous n’avons pas un besoin immédiat ou essentiel : rendez-vous lointains, numéros de téléphone peu utilisés, dates d’événements à venir, etc.
  6. L’association. Il est important d’associer les nouveaux éléments d’informations que nous cherchons à retenir à d’autres éléments, plus anciens, à un lieu, une personne, un événement, par exemple. Cela permet à l’information reçue de s’accrocher, de s’ancrer, à une autre information déjà bien installée.
  7. La confiance. Sans confiance en nos capacités de mémorisation, notre volonté de retenir une information risque d’être vaine. C’est comme pour n’importe quel exercice : si on se dit à l’avance qu’on va échouer, il y a de fortes probabilités que cela se produise. Pour la mémorisation, c’est pareil : on retient parce qu’on sait qu’on est capable de le faire et qu’on montre une attitude positive.
  8. L’intention de se souvenir. Nous sommes bien davantage susceptibles de retenir une information lorsque nous avons l’intention… de la retenir. Cela peut paraître une lapalissade, mais il convient de le rappeler. Il est ainsi fortement profitable de se concentrer et d’observer où d’écouter avec une réelle volonté d’enregistrer l’information et de la retenir sur une longue durée. C’est ce que les spécialistes nomment « la science de l’intention ».

Quelles activités permettent-elles de stimuler et d’entretenir sa mémoire ? Pour résumer, toutes celles qui nous font plaisir, attisent notre curiosité, favorisent le partage. Lecture, musique, rencontres, télévision, randonnée, bénévolat, voyages, etc. La liste est infinie et dépend de chacun… à condition d’y accorder de l’attention. Et les jeux ? Ils sont tous bons pour la mémoire. L’important, là encore, est d’y prendre du plaisir et de le partager avec d’autres chaque fois que c’est possible. Plaisir, partage, voilà les meilleures vitamines pour une mémoire en forme !

Focus

La mémoire, comment ça marche ?

Très schématiquement, la mémoire a trois fonctions : acquérir une information, la stocker, la restituer.

L’acquisition se fait en trois étapes. Très courte, la première est celle de la mémoire sensorielle : une information entre dans le cerveau pour y être traitée. La deuxième est celle de la mémoire immédiate  ou à court terme : elle permet de garder une information pendant un temps très court (par exemple, un code de porte). Dans un troisième temps, l’information est transférée dans la mémoire à long terme où elle est gardée : c’est le stockage, ou la consolidation, celle des choses que l’on n’oublie jamais , comme comment faire du vélo par exemple.

Sommeil et mémoire

Les spécialistes sont unanimes à affirmer qu’on a besoin de bien dormir pour bien mémoriser et qu’on se souvient mieux de ce qu’on a lu ou entendu juste avant de s’endormir. Pourquoi ? Parce que le sommeil joue un rôle essentiel dans la consolidation de la mémorisation qui se fait pendant la première nuit qui suit l’acquisition de l’information. Des études en imagerie fonctionnelle montrent que les régions du cerveau qui ont été sollicitées dans la mémorisation au cours de la journée se réactivent pendant le sommeil, renforçant ainsi cette mémorisation.

Troubles de l’attention

Bien des causes peuvent expliquer les troubles de l’attention. Elles peuvent être médicales : diabète, dysrégulation hormonale… Elles peuvent être médicamenteuses :  certains médicaments ou associations de médicaments peuvent l’affecter (il est important de les évoquer avec son médecin ou son pharmacien). Elles peuvent être psychologiques ou avoir des causes anxiodépressives. L’état dépressif entraîne une diminution des capacités de concentration et donc de mémorisation. Enfin, le vieillissement cérébral peut aussi s’accompagner d’une baisse de l’attention.

Ateliers et consultations mémoire

Dans presque tous les départements, il est aujourd’hui possible de s’adresser à des consultations mémoire, la plupart du temps au sein d’établissements hospitaliers, assurées par des médecins spécialisés. Par ailleurs, des ateliers mémoire sont organisés partout sur le territoire. Dans les centres de prévention Agirc Arrco et dans les services de gériatrie. Ils proposent des exercices et des activités pour stimuler la mémoire visuelle, auditive, tactile et gustative. On trouve facilement leurs coordonnées sur internet.

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