Quand on parle de dénutrition, de quoi s’agit-il ? D’un déséquilibre négatif entre les apports alimentaires et les besoins d’une personne.

Avec quelles conséquences ? Une perte de poids et une fonte musculaire qui entraîne de nombreuses complications et un risque de mortalité démultiplié.

Combien de personnes âgées sont-elles concernées en France ? Selon l’Assurance maladie, environ 400 000 parmi celles qui vivent à domicile et environ 300 000 parmi celles qui vivent en institution (Ehpad…) et, globalement, 40 % des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Ces chiffres très élevés expliquent que la dénutrition des personnes âgées soit aujourd’hui un problème de santé publique  majeur auquel il convient d’apporter des solutions.

Si la question de la malnutrition – la « malbouffe » – est depuis longtemps largement documentée et présente dans le débat public, celle de la dénutrition l’a été beaucoup moins, voire pas du tout, pendant longtemps. Présente chez les personnes âgées,  elle touche aussi, ne l’oublions pas, les personnes souffrant de maladies chroniques. Avec, pour tous, le même constat : la dénutrition amenuise la résistance de l’organisme et le fragilise et, pour les malades, augmente les risques d’effets secondaires et d’infection. Chez les sujets âgés, la fonte musculaire consécutive à la dénutrition entraîne  un risque majeur de troubles de l’équilibre et donc de chutes, avec des conséquences souvent dramatiques que l’on sait.

Les muscles fondent

En réalité, la fonte musculaire ne commence pas à 70 ou 80 ans. Dès l’âge de 40 ans, les spécialistes en constatent une diminution lente, mais progressive et, bien souvent, cette masse musculaire dite maigre est remplacée par de la masse grasse, ce qui rend la perte inaperçue. Généralement, cette fonte s’accélère à partir de 60 ans pour un faisceau de raisons (altération du flux sanguin et donc du transport de nutriments, baisse de la production d’insuline altérant celle de protéines, prise de certains médicaments, etc.). Autre raison, avec l’âge, le foie et l’intestin ont tendance à garder – séquestrer, disent les médecins – davantage d’acides aminés, avec pour conséquence d’en laisser moins pour le renouvellement de la masse musculaire.

Autre raison majeure : à partir de 70 ans, l’appétit diminue et donc la sensation de faim diminue aussi. Un phénomène accentué par la perte souvent constatée de ce que certains nutritionnistes nomment le « confort oral », en raison d’une dentition plus fragile et abîmée qui rend la mastication plus difficile, d’une déglutition moins facile, d’une baisse de la sécrétion de salive, d’une altération du goût, etc. S’y ajoute un facteur décisif : la fréquente solitude des personnes âgées qui conduit à rester moins longtemps à table et à davantage « bâcler » les repas et leur préparation. Et donc leur qualité nutritive.

Un mal insidieux

Souvent invisible, la dénutrition est un mal insidieux. Perdre du poids est souvent perçu comme normal, ou secondaire, quand on est malade ou qu’on est âgé. D’autant que la dénutrition s’installe généralement lentement, sans signes visibles dans les premiers temps. C’est pour cela que les spécialistes des personnes âgées placent de plus en plus – et il faut s’en réjouir – la dénutrition et le suivi nutritionnel au cœur de la prise en charge de leurs patients et de la réflexion globale sur l’état de santé de cette population.

Le gériatre Jean Marie Vetel, qui a créé la grille qui mesure la dépendance, aime à dire aux personnes de 80 ans et plus qu’il est inutile de faire des régimes mais qu’en revanche le problème dont il faut se soucier c’est la dénutrition des personnes âgées, par manque d’envie et d’appétit.

La perte de poids est la manifestation la plus sensible de la dénutrition et ne doit jamais être banalisée chez les personnes âgées. Chez elles, perdre plus de 3 kg est un signal d’alarme qui doit conduire à consulter un professionnel de santé. Une ceinture à resserrer de plusieurs crans ou un bracelet de montre devenu trop large doivent alerter. Plus la dénutrition est diagnostiquée et prise en charge  de manière précoce, plus elle sera simple à traiter.

Non seulement, la dénutrition agit sur la santé, mais aussi sur le moral, rendant la vie quotidienne plus difficile : préparer un repas, aller faire des courses, jardiner, marcher, bouger deviennent plus compliqués. Cercle vicieux, ces difficultés domestiques aggravent la fonte musculaire et renforcent l’état de dénutrition. Avec pour conséquence finale, une perte d’autonomie.

Quelles réponses ?

Parmi les actions possibles, il convient d’essayer de rendre les repas plus agréables (décorer la table, bien présenter les plats…). La livraison de repas à domicile constitue une bonne solution, en garantissant leur qualité nutritionnelle. On peut également rehausser le goût des plats avec des aromates ou des condiments pour les rendre plus attractifs. Enfin, il est recommandé d’augmenter la quantité quotidienne de nourriture en ajoutant, par exemple, des collations entre les repas.

S’il convient de modifier le contenu des repas, il faut le faire avec l’aide d’un nutritionniste qui rééquilibrera les prises de nourriture et y ajoutera les ingrédients nécessaires. Il pourra par exemple enrichir l’alimentation avec des éléments manquants (protéines, sucre…) ou y ajouter des compléments nutritionnels, comme des boissons lactées.

Fréquent et sournois, le phénomène de la dénutrition chez les personnes âgées est en train de devenir un sujet de plus en plus et de mieux en mieux pris en compte par les professionnels et cette prise de conscience ne peut qu’avoir des effets bénéfiques globaux. N’empêche qu’il appartient aussi à l’entourage, aux aidants, de mieux le connaître pour mieux le prendre en charge. Il en va de la santé, physique et morale, des personnes concernées.

Conseils avisés 

A Angers, une structure régionale financée par l’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire baptisée SRAE (Structure Régionale d’Appui et d’Expertise) a pour objectif d’accompagner les acteurs concernés par les questions de la nutrition. Et donc, de la dénutrition. Elle propose notamment des outils pour comprendre et corriger la dénutrition des personnes âgées à domicile et en Ehpad : livrets, fiches d’aide au diagnostic, vidéos… (https://www.sraenutrition.fr). Diététicienne titulaire d’un master 2 en promotion de la santé, Aurélie Turpaud y est chargée de mission. Elle nous prodigue ici de précieux conseils.

Quels sont les premiers signaux d’alerte d’une dénutrition ?

Ce sont principalement la fatigue, la perte d’appétit et la perte de poids. Contrairement aux idées reçues, il n’est pas normal de perdre du poids en vieillissant. Pour évaluer le risque de dénutrition, il existe un autotest rapide : l’outil PARAD (consultable sur https://www.parad-denutrition.com/) qui en 4 questions peut, selon le résultat, orienter la personne vers son médecin et/ou donner des premiers conseils autour de l’alimentation et de l’activité physique.

Comment agir face au constat d’une dénutrition ?

Il convient d’adapter l’alimentation, en augmentant les apports pour couvrir les besoins nutritionnels. Il est recommandé de consommer suffisamment d’aliments riches en énergie et en protéines (viande, poisson, 1 ou 2 œufs par jour, 3 ou 4 produits laitiers par jour et au moins 2 portions par semaine de légumes secs. Contrairement aux idées reçues, les besoins en protéines des personnes de plus de 70 ans sont supérieures à ceux d’une personne de 40 ans.

Quelles autres mesures ?

Enrichir l’alimentation, c’est-à-dire augmenter l’apport nutritionnel d’un plat en ajoutant des ingrédients (fromage, poudre de lait, œuf, etc.) sans en augmenter le volume, éviter les restrictions, favoriser le plaisir. Il est recommandé de consulter une diététicienne pour faire le point sur son alimentation et obtenir des conseils personnalisés, de maintenir une bonne hygiène buccodentaire en consultant régulièrement un dentiste et de pratiquer une activité physique.

 

Crédit photo : @vasiliybudarinphotos

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