Il y a encore quelques années, le sujet, presque tabou, n’était guère évoqué publiquement. Aujourd’hui, les choses ont bien changé : des émissions de télévision ou de radio, des articles de presse, des sites internet, des livres devenus des best-sellers et même une pièce de théâtre abordent le sujet de la ménopause, donnant l’impression de rattraper le temps perdu. On ne peut que s’en réjouir : comment mettre sous le tapis une réalité qui concerne plusieurs millions de femmes et pouvant entraîner des répercussions à la fois physiologiques et psychologiques ?

Quand commence la ménopause ?

Question délicate, car aucun test, aucun examen, aucune prise de sang ne permet d’« officialiser » l’entrée dans la ménopause. Celle-ci se produit lorsque les ovaires cessent de fonctionner et ne fabriquent plus d’œstrogènes et de progestérone. La ménopause est déclarée après un an sans règles.

La baisse du taux d’œstrogènes entraîne la diminution des bénéfices physiologiques que ces hormones apportent aux femmes sur le plan cardiovasculaire, osseux et cognitif. On constate ainsi chez les femmes ménopausées le risque de maladies cardiovasculaires augmenter, pour atteindre le niveau des hommes. La perte osseuse consécutive à la baisse du taux d’œstrogènes favorise aussi la survenue de l’ostéoporose, pathologie qui devient plus de deux fois plus fréquente chez la femme ménopausée que chez l’homme du même âge. Il est donc très important de s’en préoccuper préventivement en pratiquant par exemple, une ostéodensitométrie.

Sus aux idées reçues !

Chassons quelques idées reçues.

D’abord, contrairement à ce que beaucoup de femmes pensent, le changement hormonal que constitue le phénomène naturel qu’est la ménopause peut commencer longtemps en amont. C’est le temps de la préménopause, qui peut durer une dizaine d’années ; les cycles deviennent alors irréguliers. Or beaucoup de femmes l’ignorent et, face aux nouveaux troubles qu’elles ressentent, consultent différents spécialistes, sans que, trop souvent, le phénomène hormonal fasse figure d’accusé aux yeux de ces derniers (de moins en moins, heureusement).

Autre idée reçue : la ménopause n’est pas uniquement une « mauvaise » période à affronter, dont les effets disparaissent ensuite. Les changements qu’elle entraîne peuvent avoir des effets durables, voire permanents, sur la santé.

En tout, les spécialistes ont officiellement répertorié plus de 120 symptômes de la ménopause. Rien de surprenant : la presque totalité de nos cellules possède des récepteurs hormonaux, susceptibles donc d’être altérés, ou modifiés, lors de ce tohu-bohu hormonal. Naturellement, ces symptômes – appelés « symptômes du climatère » terme signifiant ménopause, ou « troubles climatériques » – diffèrent d’une femme à l’autre. Ils peuvent être peu ou pas existants. Les plus pénibles se manifestent pendant la préménopause, avant de finir par disparaître une fois la ménopause installée.

Une liberté retrouvée

Quand se termine la ménopause ? Pour la médecine, lorsqu’une femme d’environ 50 ans n’a plus ses règles depuis au moins 12 mois consécutifs. Dans la plupart des cas, les femmes constatent elles-mêmes la fin de la ménopause parce qu’elles se sentent mieux et que les symptômes ressentis pendant cette période ont disparu ou beaucoup diminué : le sommeil s’améliore, l’énergie se retrouve, l’humeur est plus égale, etc.

Si la ménopause est vécue et appréhendée par beaucoup de femmes comme une période délicate, voire difficile, à de nombreux points de vue, nombre d’entre elles témoignent aussi d’un réel soulagement et de la satisfaction, une fois oubliés les troubles de ce passage : elles peuvent alors profiter d’une liberté retrouvée. Finie la charge mentale que constituaient la menstruation et la contraception, finies les douleurs liées aux règles ! Beaucoup constatent un renouveau de leur vie sexuelle, notamment. N’oublions pas qu’avec l’allongement de la durée de la vie, une femme vit quasiment aussi longtemps sans ses règles qu’avec…

[Les THS

Les traitements hormonaux de substitution (THS) ont fait l’objet de bien des discussions ! Surtout après une étude de 2002 qui établissait un lien entre eux et le cancer du sein. Or, il s’est avéré ensuite que ses résultats avaient été mal interprétés et biaisés. A rebours de ces premières affirmations, les spécialistes estiment aujourd’hui que le THS a des effets bénéfiques sur le diabète, le cancer, la santé vaginale et la vessie. Largement pris sous forme de gels ou de patchs, les traitements utilisés aujourd’hui ont beaucoup évolué et permettent d’améliorer fortement la qualité du vieillissement de l’organisme. La difficulté que rencontrent bien des femmes demeure l’écoute – défaillante ou mal informée – des médecins. En effet, seules 6 % des femmes suivent actuellement un tel traitement. Aujourd’hui, les autorités médicales affirment que ce traitement, à base d’hormones bio-identiques bien tolérées, fonctionne bien et soulage de nombreuses femmes face à la ménopause. Par ailleurs, un tout nouveau médicament, le fézolinétant commercialisé sous le nom de Véoza, est un traitement non hormonal destiné à combattre les bouffées de chaleur. Toutefois, au-delà des traitements médicamenteux, une bonne hygiène de vie (exercice, hydratation…) est indispensable.]

Face au médecin, pas de tabou

Encore trop souvent, bien des femmes n’osent pas évoquer face à leur médecin les soucis urinaires qui sont source de douleurs et de désagréments. C’est très regrettable, car des solutions existent. Il convient également de ne pas négliger non plus d’aborder la santé mentale, la période de la ménopause pouvant être la cause d’épisodes de dépression ou d’anxiété.

Mémoire, concentration…

Bien des femmes témoignent qu’au moment de la ménopause, elles se heurtent à des difficultés avec leur mémoire ou leur concentration, leur faculté de trouver les mots ou de mener plusieurs tâches à la fois. Ces désagréments sont liés à la baisse des œstrogènes. Des études ont montré que la matière grise liée à la mémoire, à la concentration et à la prise de décision peut diminuer pendant cette période. Mais, qu’on se rassure, elle se régénère, partiellement ou complètement, après la ménopause.

Selon l’Inserm

« Si la ménopause n’est pas une maladie, la carence en œstrogènes qui lui est associée peut se manifester par des symptômes qui affectent parfois la qualité de vie des femmes. C’est aussi une période où des pathologies potentiellement graves (fractures ostéoporotiques, maladies cardiovasculaires…) peuvent survenir en raison de ces changements hormonaux et du vieillissement. Un traitement hormonal est susceptible de prévenir ces complications, dans certaines conditions. Mais comme pour tout traitement, il est nécessaire de bien en évaluer la balance bénéfices/risques avant sa prescription. » (Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), 2023)

A lire, à voir

Un podcast : L’épisode « Et si on parlait ménopause ? » avec l’interview de Pr. Trémollières, Responsable de l’unique centre dédié à la ménopause en France au CHU de Toulouse. Par « Au fil des causes », le podcast de Nos Epaules et Vos Ailes le fonds de dotation de l’association GPMA, à écouter sur toutes les plateformes de podcast (Spotify, Deezer, Apple Podcast…) ou via ce lien.

Un livre : « Ménopause contrôle », de Sheila de Liz, éd. Marabout, 15,55 €. Ce livre pédagogique accessible et fouillé écrit par une gynécologue allemande s’est vendu à plus de 800 000 exemplaires.

Une BD : Moi, je veux être une sorcière ; ménopause, le dernier tabou, de Marie Pavlenko et Joséphine Onteniente, éd. Bayard, 22 €. Humour et franchise pour aborder l’arrivée de la ménopause.

@mon.gyneco : sur Instagram ou Tik Tok, cette mine d’informations a été créée par le docteur Olivier Marpeau, chirurgien gynécologue. A l’aide de courtes vidéos, souvent teintées d’humour, il informe et sensibilise aux sujets comme la ménopause, le syndrome prémenstruel (SPM), etc.

Une application (Android et Mac) : Oméga a été lancée pour aider les femmes à gérer facilement leur santé hormonale pendant la préménopause et la ménopause.

Un site : le Ménopause club a ouvert un site d’information à destination des professionnels et du grand public (https://www.menopauseclub.fr).

 

Crédit photo : Canva

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